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Hey! Gallery Show #1

En tant que fidèle lecteur du blog, vous avez sans doute déjà pu constater que j’apprécie particulièrement l’excellente revue d’arts Hey!. Et bien ses fondateurs Anne et Julien organisent une expo-vente du 17 mars au 22 avril à la Galerie Arts Factory à Paris. Dans celle-ci vous pourrez retrouver une sélection de 37 artistes issus de 13 pays, tous ayant déjà été croisés dans les pages des différents numéros de la revue.

Pour l’occasion je vous propose une petite interview d’Anne qui, je l’espère, vous en apprendra plus sur leur démarche et à travers elle leur volonté de vouloir valoriser une création artistique contemporaine en marge des institutions actuelles.

Votre revue et vos expositions s’intéressent particulièrement à l’art que vous avez qualifié vous même d’outsider pop. Est-ce que c’est parce qu’il est peut-être plus abordable et moins élitiste que l’art contemporain conceptuel actuel ?
Il est aujourd’hui impératif de reconnaître et supporter l’existence et la contemporanéité d’un mode d’expression dévalorisé depuis pas moins de 40 ans face au conceptualisme forcené soutenu envers et contre tous par l’institutionnel et nourri par un marché de l’art systémique. Avec notre projet HEY!, Julien et moi faisons un travail de sape, puis de construction pour défendre et mettre en avant les profondes mutations des formes issues des arts populaires et proposant des critères esthétiques dénigrés au nom de « la révolution conceptuelle et d’installation ». CETTE PERIODE EST MORTE, ET NOUS VOULONS MAINTENANT L’ENTERRER. Si le terme OUTSIDER POP est restrictif pour exprimer l’ensemble des arts que nous défendons bec et ongle depuis 7 ans avec la revue (mais 30 ans en fait si on prend en compte notre parcours obsessionnel), nous nous en excusons, mais j’avoue avoir fourbi mes armes avec le journalisme gonzo et la critique musicale. J’aime ces expressions (jaillissements) journalistiques enflammées où la figure de style fait tout. En marge (pour l’instant) ET pop (toujours) donc.

Exposition Hey! 2017

Qu’est-ce qui vous plait particulièrement dans ce mouvement et vous donne envie de le diffuser ?
Tandis que le monde de l’art procède par écoles, trie par périodes, identifie les tendances, la scène internationale que nous défendons refuse de passer sous cette toise. Elle défie les conventions et lignes dominantes du marché – lignes ordonnées, rationnelles, efficaces, établissant des garde-fous, le poids et les mesures, le prix de chaque chose. Nous aimons ces œuvres que notre temps nous contraint à créer. Leur pouvoir de synthèse, leur capacité à relier l’art des maîtres anciens aux esprits perturbateurs des subcultures dont elles sont les enfants… Puis, comme un acte fort de protestation contre le cloisonnage et le dogme esthétique ; et en direction d’une communauté planétaire où se développent, en deçà du fracas médiatique général, des expressions artistiques individuelles et autonomes.

Exposition Hey! 2017

L’art figuratif est un des points importants dans l’outsider-pop. Avez-vous une aversion totale pour l’art abstrait ? Les cultures populaires et contre-cultures ne peuvent-elles pas s’exprimer ou être exprimées à travers des œuvres abstraites ?
Pour nous, l’art figuratif a de l’odeur, et représente une échappée impactante devant l’appauvrissement et l’assèchement d’une modernité monocorde et unidimensionnelle. Il exprime des affinités souterraines et notre commissariat d’exposition les rend visibles et compréhensibles. Pour nous, l’art figuratif (pop) réveille notre intuition, notre instinct, nos désirs. L’art abstrait ne nous a jamais fait cet effet-là. Encore une fois, c’est une question d’odeur. NOUS AVONS TOUJOURS PREFERE CE QUI S’EST FABRIQUE DANS UNE CAVE PLUTOT QUE PENSE DANS UN SALON. Nous sommes faits comme ça. L’art figuratif est une zone d’autonomie temporaire où le spectateur n’a que faire du discours d’un médiateur.
Qu’on se le dise, cette nouvelle donne culturelle n’a rien d’une petite secousse nerveuse. Elle n’est pas provoquée par une poignée d’excités. Elle peut inspirer l’effroi. Elle n’a ni coutures apparentes, ni pupitres universitaires, ni soutiens institutionnels. Elle est notre miel. Notre émerveillement. HEY! contre l’uniformisation des formes et des sens. Et cette nouvelle donne comme une certitude du passé, puis la révélation d’un avenir.
 
Dans les différents numéros de Hey!, certains artistes présentés sont issus de formations artistiques et d’autres sont autodidactes. Un point commun que l’on pourra noter entre eux est le fait que beaucoup ont eu un vécu fortement marqué par de lourds évènements lors de leur enfance. Pensez-vous que cela est en relation avec le fait que ces derniers produisent des œuvres outsider-pop ?
Nous sommes tous profondément marqués par notre enfance et notre adolescence. Cet aspect des choses a rarement été approché comme étant un facteur unilatéral déterminant face au devenir artistique de quelqu’un. Cela nous intéresse.

Exposition Hey! 2017

Mon blog s’intéresse notamment aux medium anciens remis au goût du jour et utilisés dans la création contemporaine (la broderie, la céramique…). À votre avis d’où vient cet intérêt pour les artistes de ces dernières décennies pour ces supports ?
Ce sont des supports également explorés par le mouvement DIY qui constitue également notre porte d’entrée.

 

Après 3 expositions couronnées de succès et ayant pour thème l’outsider et l’art figuratif pop, l’idée de faire une exposition-vente vous a semblé logique et/ou nécessaire ?
Nous rêvons d’un Paris renaissant, où la diversité fait foi. Notre démarche en musée fut aussi d’espérer voir des galeries prendre le relai pour tous ces artistes que nous défendons toute l’année et qui ont impérativement besoin de vendre leurs œuvres pour continuer à produire, à vivre tout simplement. Mais Paris continue d’être frileuse. Vous me direz que ce n’est pas si étonnant que cela. Donc, nous remontons nos manches, encore une fois. « Si rien ne vient, fais-le toi-même ». Le tout et de ne pas perdre la foi, l’énergie, la volonté d’y aller.

 

Votre démarche, consistant à vouloir faire émerger une vision alternative à la culture unilatérale et normative, semble être unique dans le monde de l’art. Pensez-vous qu’il y a de la place pour d’autres curateurs qui pourraient faire comme vous ? Si oui, est-ce que cela constituerait pour vous une sorte d’objectif ou de but permettant à ces artistes d’être plus médiatisés ?
Plus on est de fous, plus on rit. Ceci dit, il faut savoir faire la différence entre la pop culture réellement perfusée aux contre-cultures, et la pop culture nourrit aux OGM mainstream consuméristes. Entre la production honnête et celle qui répond quoi qu’il arrive à la commande.

Exposition Hey! 2017

Avez-vous vu l’intérêt du marché de l’art pour les artistes outsider grandir ? Si oui depuis quand exactement ?
Le marché observe de ce que nous faisons. Les collectionneurs aussi. C’est une des raisons de l’importance de notre revue HEY! modern art & pop culture. Qu’elle sorte tous les trois mois est CRUCIAL. C’est elle qui donne l’heure. Les observateurs le savent. Le contenu est à la hauteur de la bataille que nous livrons quotidiennement pour faire vivre la revue. Le papier a encore des grandes heures à vivre devant lui, mais il faut des gens décidés et radicaux pour soutenir ce discours. Nous en sommes.

 

Cela dû être très compliqué de faire une sélection quand on voit le nombre important d’artistes passés en 28 numéros de HEY!. S’il fallait en retenir un, quel serait votre choix ?
Question impossible !!!!!

Merci à Anne de Hey! pour ses réponses.

HEY ! GALLERY SHOW#1
Exposition du 17 mars au 22 avril 2017
Vernissage le 16 mars de 16h à 21h
Galerie Arts Factory
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Publié par Ben